Des annonces de médicaments révolutionnaires, mais rien de concret?

Il est nécessaire d’appeler nos lecteurs à la prudence, cet article a pour but de donner des éléments pour évaluer le vocabulaire dithyrambique et les motivations réelles du monde médical et pharmaceutique derrière ces annonces fracassantes de « révolutions dans les traitements ».

Prenons l’exemple des progrès actuels de l’immunothérapie dans la lutte contre le cancer. La presse et les média nous inondent d'articles clamant que l'immunothérapie révolutionne réellement le traitement du cancer du poumon à un stade métastatique.

Cependant, une «révolution» signifie que la survie à 5 ans s'est améliorée de 10-15% en valeur absolue. Ce n'est pas exceptionnel, cela veut dire que cela ne bénéficiera pas à 8 personnes sur dix. Alors pourquoi qualifier un traitement de révolutionnaire?

A ce jour, la fraction de patients guéris du cancer par immunothérapie est malheureusement très faible. Quand le nombre de survivants après un an est d'environ 10%, (une personne sur 10) une amélioration de 10% du nombre de survivants, signifie que deux fois plus de personnes vont pouvoir en bénéficier. Dans 50% des cas, l'immunothérapie n'apportera cependant aucune amélioration, pour 25% des cas, cela apportera une amélioration notable mais faible. C'est seulement environ 25% des cas qui verront une réponse forte.

Mais même avec l'immunothérapie, ces 25% de patients ne seront pas guéris. Ils vivront plus longtemps que lorsqu'ils sont traités avec de la chimiothérapie. Est-ce que les chanceux ajouteront des mois ou des années à leurs vies? Nous ne savons pas. À ce jour, il est trop tôt pour le dire.

L'immunothérapie bénéficie d'une narration "romantique", qui aide à marqueter ces médicaments mais aussi ses spécialistes, comme aucun autre médicament n’a pu en bénéficier. Les médias se donnent à cœur joie pour vous expliquer que "C'est votre propre système immunitaire, votre armée personnelle, qui va se réveiller et attaquer la plus terrible de toutes les maladies; le cancer".

L'effort de marketing va aussi progressivement attaquer la concurrence, la chimiothérapie, qu'on va nous amener à considérer comme un poison. Cela aide à augmenter la marge en substituant de nouveaux produits extrêmement coûteux, à des produits plus anciens et à faible marge. Certes, l'immunothérapie a moins d'effets secondaires, mais elle en a aussi, et ils peuvent être permanent et graves: Problèmes thyroïdiens, d'inflammation pulmonaire (pneumonie), diabètes, problèmes dermatologiques.

Fondamentalement, le système immunitaire est dans un état d'équilibre constant. Si vous le stimulez trop, il commencera à attaquer votre propre corps.
En général, aujourd'hui c'est moins grave que la plupart des effets secondaires des chimiothérapies. Mais ce n'est pas parfait, et ce n'est probablement pas viable à long terme car les immunothérapies sont de plus en plus agressives.

L'application de l'immunothérapie à la lutte contre le cancer n'est pas nouvelle, elle était déjà pratiquée dans certains pays dans les années 1980. Elle a été cependant rendu illégal dans beaucoup de pays car elle avait mauvaise réputation.

Entre temps on a inventé des vaccins contre le VPH, et d'autres virus oncogènes. La différence entre ces traitements et ce qu'on appelle aujourd'hui "immunothérapie" c'est qu'au lieu de faire en sorte que le système immunitaire attaque un agent pathogène extérieur, c'est à notre propre corps qu'on lui demande de s'attaquer.

En 1988, Greg Winter et son équipe ont été les pionniers des techniques d'humanisation des anticorps monoclonaux, éliminant les réactions provoquées par de nombreux anticorps monoclonaux chez certains patients.

Le Centre d'immunologie moléculaire de La Havane, Cuba (CIM) et des chercheurs Argentins ont élaboré un vaccin (racotumomab) contre le cancer dans les années 2000 sans que le monde occidental n'y prête attention à cause de l'embargo. Un vaccin d’immunothérapie coûte, dans le monde occidental, des dizaines de milliers de fois plus cher que le racotumomab !

Ce médicament a terminé une étude de phase II en 2014 (limitée à 71 patients), qui ajoute environ 5 mois de vie au groupe témoin (11 mois contre 6 mois). Ensuite, une vaste étude internationale de phase III sur les NSCLC (poumon) a été lancée. Il est approuvé pour utilisation à Cuba et en Argentine. Le racotumomab n'est pas un vaccin dans le sens ordinaire, mais bien un traitement d'immunothérapie.

Les traitements d'immunothérapie les plus récents sont à un niveau de prix inimaginable, même si les prix dans la lutte contre le cancer sont habituellement extrêmement élevés. Le Keytruda coûte environ 300 000 $ par an.

Mais la cupidité n'est pas le propre de l'industrie pharmaceutique : s’il est facile de connaître le niveau de profit d'une entreprise mondiale, comment connaître le niveau de marge d'un médecin ou d’un hôpital? Surtout dans un contexte de financement à l’acte par la sécurité sociale, qui suggère une inflation forte des prix.